
La Renault 30 est souvent présentée comme la grande routière française équipée d’un V6 PRV. Peu de contenus expliquent pourquoi ce moteur adopte une architecture aussi particulière, ni quel lien il entretient avec un projet de V8 abandonné avant même la production en série. Comprendre la fiche technique de la Renault 30 suppose de remonter à cette origine mécanique, qui conditionne à la fois les performances, le comportement routier et les limites du modèle.
Du projet V8 Peugeot-Renault au V6 PRV : une architecture héritée
Avant que la Renault 30 ne voie le jour, Peugeot et Renault travaillaient conjointement sur un haut de gamme destiné à concurrencer la Citroën DS. Ce programme, connu sous le nom de Project H, prévoyait un V8 de 3,5 litres à deux carburateurs double corps, associé à une boîte manuelle à 4 rapports et une transmission aux roues arrière.
Le Project H est officiellement abandonné au début de 1967. Le schéma mécanique à 90° du V8 n’a pas disparu pour autant : il a été conservé et adapté pour donner naissance au V6 PRV (Peugeot-Renault-Volvo). C’est cette filiation directe qui explique l’angle atypique de 90° entre les deux rangées de cylindres du V6 de la Renault 30, là où un V6 conçu de zéro adopte généralement un angle de 60°.
Les passionnés qui souhaitent découvrir la fiche technique de la Renault 30 V8 retrouveront cette particularité mécanique, qui influence directement l’équilibrage du moteur et les vibrations ressenties à certains régimes.

Fiche technique comparée des versions Renault 30 TS et TX
La Renault 30 a été produite entre 1975 et 1983, avec 136 403 exemplaires assemblés en France. Deux versions principales se distinguent par leur niveau d’équipement et leurs réglages moteur.
| Caractéristique | Renault 30 TS (1975) | Renault 30 TX (1978) |
|---|---|---|
| Moteur | V6 PRV 2 664 cm³ | V6 PRV 2 664 cm³ |
| Architecture | V6 à 90° | V6 à 90° |
| Alimentation | Carburateur | Injection |
| Boîte de vitesses | Manuelle 4 rapports / BVA 3 rapports | Manuelle 5 rapports / BVA 3 rapports |
| Roues motrices | Traction avant | Traction avant |
| Jantes | Tôle | Aluminium |
| Classe | Routière | Routière |
Le passage de la version TS à la TX marque un tournant technique. L’injection remplace le carburateur, la boîte manuelle gagne un cinquième rapport et les jantes en aluminium deviennent de série. La version TX, présentée au Salon de Paris en 1978, recevait aussi un pied central chromé distinctif.
Moteur V6 PRV à 90° : conséquences techniques sur la conduite
L’angle de 90° hérité du projet V8 a des implications concrètes. Un V6 à 60° bénéficie d’un équilibrage naturel des forces d’inertie, ce qui lui confère une douceur de fonctionnement caractéristique. Un V6 à 90° génère des vibrations supplémentaires qui nécessitent des contrepoids sur le vilebrequin pour compenser les déséquilibres.
Sur la Renault 30, ce choix d’architecture se traduit par un fonctionnement un peu plus rugueux à bas régime que sur un six cylindres classique. En revanche, la largeur du bloc à 90° a permis d’intégrer le moteur dans un compartiment conçu pour la traction avant, configuration inhabituelle pour une routière de ce segment à l’époque.
Ce V6 PRV a connu une carrière bien au-delà de la Renault 30 : Peugeot, Volvo et même certains constructeurs de voitures de sport l’ont utilisé sous des formes dérivées pendant plus de deux décennies.
Évolutions mécaniques au fil des millésimes
L’alimentation du moteur a été modifiée dès le millésime 1977, avec une réduction de puissance sur la version TS. Le millésime 1979 marque une inversion de tendance : la puissance est de nouveau accrue. Sur la version automatique, l’allumage électronique apparaît dès 1978.
- Millésime 1977 : modification de l’alimentation, nouvelles poignées de portes et trappe à essence redessinée
- Millésime 1978 : tableau de bord revu, rétroviseur extérieur réglable de l’intérieur sur la TS
- Millésime 1979 : lancement de la TX avec injection et boîte manuelle 5 rapports, ceintures arrière et feu de brouillard
- Millésime 1981 : arrivée de la version Turbo Diesel avec un moteur de la Française de Mécanique

Renault 30 sur le marché de la collection : état des lieux
Avec une production totale inférieure à 140 000 unités sur huit ans, la Renault 30 n’a jamais été un succès commercial massif. L’absence de carrosserie spécifique lui a nui dès son lancement : le design à hayon, partagé avec la Renault 20 moins chère, brouillait son positionnement haut de gamme face à Peugeot et Citroën.
Les exemplaires en bon état sont devenus rares. Le modèle a pourtant bénéficié d’une exposition médiatique tardive, notamment grâce au cinéma. François Mitterrand, entre autres personnalités politiques, avait choisi cette routière, ce qui lui confère un statut particulier dans l’histoire automobile française.
Pour les amateurs qui cherchent une Renault 30 aujourd’hui, le principal défi reste l’approvisionnement en pièces spécifiques au V6 PRV, en particulier les éléments d’injection de la version TX. Les annonces disponibles en France se comptent sur les doigts d’une main, et l’état du moteur conditionne largement la valeur de revente.
La Renault 30 reste un cas d’école dans l’industrie automobile française : une voiture techniquement ambitieuse, portée par un moteur à l’histoire singulière, mais pénalisée par des choix de positionnement qui ont limité son succès. Sa fiche technique, marquée par l’héritage du projet V8 et l’architecture à 90° du V6 PRV, en fait un modèle que les collectionneurs redécouvrent avec un regard neuf.